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Bertrand de Born

(vers 1140 – après 1202) à Hautefort

Dans la Divine Comédie, Dante, se fiant aux légendes colportées en son temps, le voue aux flammes de l’enfer. Il le relègue, avec Mahomet, au chapitre des fauteurs de troubles et de discordances. Il le décrit comme condamné pour l’éternité à porter sa tête entre ses mains.

Mais il n’est pas sûr que le sire d’Hautefort mérite pareil châtiment : moins d’un siècle après sa mort, la renommée s’était déjà emparée du personnage pour construire un mythe qui a dissimulé le véritable individu.

Les jugements tendent aujourd’hui à se nuancer. La monumentale édition critique des poèmes par Gérard Gouiran a passablement remodelé l’image traditionnelle . On commence à reconnaître dans le seigneur-troubadour qui célébra la « guerre » (celle du XIIème siècle n’avait rien à voir avec les conflits d’aujourd’hui) un poète talentueux et un précieux témoin de son temps. A ce titre, Bertran de Born est abondamment cité dans les biographies récentes de Jean Flori sur Aliénor d’Aquitaine ou Richard Cœur de Lion , comme dans les ouvrages plus généraux sur les Plantagenêt .

Mais l’histoire du seigneur d’Hautefort reste à débarrasser des nombreuses scories accumulées au cours des siècles par tous ceux qui ont préféré le mythe et la légende à l’étude des textes authentiques de la seconde moitié du XIIème siècle.

Celle-ci nous montre un chevalier aquitain à l’existence assez banale, soucieux de ses propres intérêts et plutôt bon père de famille qui choisit de s’éteindre sous l’habit d’un humble moine cistercien. C’est donc avant tout par la force d’évocation du troubadour et la puissance de sa poésie que cette vie s’est trouvée magnifiée au point d’atteindre l’immortalité.

  • Et autressi-m platz de senhor,
  • Quant es primiers a l’envazir
  • En chaval, armatz, ses temor,
  • Qu’aissi fai los sieus enardir
  • Ab valen vasselatge ;
  • E puois que l’estorns es mesclatz
  • Chascus deu esser acesmatz
  • E segre-l d’agradatge,
  • Que nuls hom non es re prezatz
  • Tro qu’a maintz colps pres e donatz
  • Aussi me plaît quand un seigneur
  • Est le premier à envahir
  • A cheval, bien armé, sans peur :
  • Ainsi fait les siens s’enhardir
  • Par vaillante bravoure.
  • Dès que s’engage la mêlée
  • Chacun doit se tenir tout prêt
  • Et le suivre avec joie
  • Car nul ne peut être prisé
  • S’il n’a maints coups pris et donné.

in Les Troubadours : l’œuvre poétique, texte et traduction par René Nelli et René Lavaud, Ed. Desclée de Brouwer, Coll. Petite bibliothèque européenne, 2000. p 540-541

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